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LE MONDE DE WAPITI74

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Quelques petits liens vers mes carnets de voyage, actuellement publiés sur www.voyageforum.com
March 14

Vers de nouvelles aventures

 
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August 03

Québec, je me souviens... (IX)

 

Gaspésie, là où finit la terre…

 

De la Gaspésie, je garde le goût d’un coin de paradis. Surtout en son extrémité, sa pointe, son « bout du boutte ».

Dès notre première rencontre, le coup de foudre fut immédiat. Un coup de cœur, immense, inoubliable ! Trop beau, trop intense, trop court.

Trente-six heures à peine au cœur d’un périple énorme et très speed. Arrivés en fin de journée, dévorés par les mouches noires, fatigués et fiévreux, nous avons été charmés et choyés par Gilles et son équipe à l’A.J. de Cap-aux-Os, à l’accueil si extraordinaire. Une rapide rando au Cap Gaspé, une virée en vélo écourtée faute à mon épuisement me condamnant à une pause plage solitaire, « seule sur le sable, les yeux dans l’eau… », une visite éclaire aux castors, une veillée diapos et aurore boréale et nous voilà à nouveau repartis vers l’ouest pour de nouvelles découvertes. Une promesse face à la baie de Gaspé : je reviendrai dans ce bout du monde québécois, en prenant mon temps.

Promesse tenue, même si j’ai toujours eu l’impression de ne jamais consacrer assez de temps à ce finistère, Gaspésie qui « finit la terre » en langue des indiens Mic Mac.

 

La Gaspésie, c’est d’abord…

La Gaspésie, c’est d’abord une route magnifique sur sa côte laurentienne au nord, avec son chapelet de villages colorés. C’est une longue route qui mène au Parc Forillon, à l’extrémité orientale de la pointe gaspésienne. Et cette route du bonheur commence pour moi bien avant d’entrer dans la région administrative, « officielle », de Gaspésie. Dès le Bas-St-Laurent, dès les environs de Rivière-du-Loup, il me semble entrer dans cette univers magique...

 

Ne nous arrêtant que pour de toujours trop courtes pauses, c’est essentiellement en roulant que nous absorbons du regard ce paysage côtier et son chapelet de villages de pêcheurs aux maisons colorées et aux petits ports où gîtent quelques embarcations. C’est encore le fleuve, c’est déjà la mer. Le bleu profond des flots crêtés d’écume blanche s’harmonise aux tons ocres ou noirs des rochers et grèves, et aux verts des collines herbeuses ou boisées. Plus nous avançons vers l’Est et plus ce paysage est maritime et accidenté.

 

Et chantent les noms qui défilent sur la carte et les panneaux : L’Isle-Verte, Trois-Pistoles, Le Bic, Rimouski, Mont-Joli, Petit-Métis, Baie-des-Sables, Matane, Grosses Roches, Cap-Chat, Les Méchins, Capucins, La Martre, Marsoui, Ruisseau-à-Rebours, Anse-Pleureuse, Ste-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, Grande-Vallée, Rivière-au-Renard…

 

Et danse le paysage, au gré des montées et des descentes quasi-rectilignes et parfois abruptes, comme si notre véhicule lui-même voguait sur une forte houle aux vagues crêtées de verdures et aux creux habités de charmants petits villages.

Et s’émerveillent les passagers au basculement du haut d’une côte ou au détour d’un rare virage, à la contemplation du bout de paysage suivant.

 

Et s’enivrent les voyageurs de ces fragrances marines qui les atteignent et les submergent, apportées par ce vent qui n’a de cesse de fouetter leurs visages avides à travers les vitres entrouvertes... ou au cours de ce très agréable arrêt pique-nique sur les rochers à fleur d'eau des Méchins ; simplement délicieux.

 

Et si bonnes ces courtes pauses, si belles ces images qui restent gravées sur les rétines et les pellicules...

Du côté de Cap-Chat, côté terre avec son champs de pales aériennes qui chantent et son impressionnante éolienne à axe verticale, et côté mer à débusquer du regard le fameux rocher dénominatif.

Au pied de l’immanquable phare de La Martre, éclat de rouge sur bleu océan et vert de pelouse.

Du belvédère de Mont-Saint-Pierre, sympathique baie et son tourbillon estival de voiles multicolores.

Beauté pure de Ste-Madeleine-de-la-Rivière-Madeleine, belle harmonie de maisonnées et phare éclatants d'une blancheur soulignée et ponctuée du rouge lumineux de leurs toitures ; simplement apaisant.

July 23

Québec, je me souviens (VIII)

Québec

Je retrouve toujours avec plaisir la capitale québécoise, place forte dominant le fleuve et couronnée de son château digne des constructions de Louis II Le Fou de Bavière.
Québec est souvent présentée comme la ville la plus européenne d’Amériques du Nord. L’européenne que je suis est ici heureuse de trouver des ruelles étroites avec leurs enseignes à l’ancienne, des bâtiments de vieilles pierres, des restes de ville fortifiée. Tout simplement une histoire, une marque du passage des ancêtres.

J’aime tout particulièrement flâner dans la basse ville, du côté du quartier du Petit-Champlain, surtout par une belle journée d’avril où les rues, les toits, les murs sont encore brillants de la dernière averse et la ville est relativement déserte en ce printemps peu touristique.


En été, la vieille ville est en effervescence, grouillant de touristes qui déambulent entre les façades aux toits colorés, les maisons anciennes restaurées, les remparts et leurs majestueux canons, les boutiques d’artisanat amérindien, les parterres de fleurs aux blasons de la ville et de la province, la ruelle au Trésor et ses artistes peintres et dessinateurs, les calèches, les amuseurs publics, jongleurs, clowns et chansonniers…

Lors du Carnaval, c’est une autre effervescence, à la fois plus ouatée par la neige qui tapisse tout et par les épaisseurs de vêtements et doudounes indispensables, mais plus éclatante dans le froid vif d’un glacial jour de beau temps hivernal. Et bruyante de la multitude de carnavaleux qui déambulent en portant alternativement à leur bouche leurs cornes au doux son de rut de caribou, et leur canne emplie de caribou reconstituant et débridant. A cette époque de l’année, c’est un tourbillon d’activités : patins sur la glace couvrant une place ou un espace habituellement vert, glissades avec ou sans luge, promenades en chiens de traîneaux sur les Plaines d’Abraham, course de canots sur le Saint-Laurent gelé, sucrage de bec au sucre d’érable glacé, « amuseries » de saltimbanques en tout genre, sculptures sur neige et sur glace, féerie lumineuse des parades nocturnes,…

.../...

Québec ne se limite pas à sa vieille-ville connue mondialement. En prenant un peu de hauteur on découvre une ville et sa banlieue construites sur le modèle américain, avec ses quartiers résidentiels parfaitement alignés et taillés au cordeau. Peu de bâtiments en hauteur en dehors du quartier abritant les institutions politiques de la province. 

Parmi ces quartiers, il en est un que nous avons visité : la réserve indienne Wendake-Huron. Nos clichés et préjugés ont vite volés en éclat au cœur de ce quartier typiquement québécois. Rues de maisons semblables aux autres, avec pour seules distinctions ces plaques de rues en bois portant une triple inscription en langues française, anglaise et huronne… boutiques d’artisanat amérindien, et petit village de tepees reconstitué, autochtones amérindiens indissociables de leurs confrères d’origine européenne. Savant mélange de modernité, d’intégration et de conservation de leur culture ancestrale… semble-t-il.

 

.../...

 

De Québec, je préfère me souvenir…

Me souvenir de quelques heures de promenade sur ses Plaines d’Abraham, dans la douce chaleur d’un après-midi estival aux buissons fleuris et bancs ombragés accueillants, dans un jour éclatant de soleil et de froid hivernal au milieu de l’animation carnavalesque, dans la solitude d’une tempête de neige printanière tardive. Pendant les minutes suspendues à l’observation silencieuse et immobile du trou de la marmotte curieuse qui finira par sortir son museau, ou celles amusées à regarder la course effrénée dans les arbres des petits gris joueurs.

 

Me souvenir de ces déambulations tranquilles dans les rues aux façades propres et alignées de maisons serrées aux toits colorés qui nous menaient de portes en remparts, de canons à château. Dans la bruyante effervescence du Carnaval de février aux magnifiques sculptures sur glace qui parsèment la ville, dans la cohue touristique de juillet-août ou dans la tranquillité d’une journée fraîche d’avril. Noms de rues évocateurs, perspectives photogéniques, plaisirs des yeux… Du côté notamment de la Place Royale avec ses maisons de pierres, son ensemble appelé Maison Chevalier, son église Notre-Dame de la Victoire et sa plus récente et étonnante Fresque des Québécois. Du côté de l’escalier Casse-Cou à emprunter avec prudence pour descendre dans le Petit Champlain avec ses enseignes anciennes qui décorent les façades et son atmosphère si particulière….

 

Me souvenir de ces visites dans ses églises et ses nombreux petits musées divers et variés, de qualité variable à mon goût… Mais dont le point d’orgue restera toujours pour moi son Musée de la Civilisation et surtout son exposition permanente « Mémoires »...

 

.../...

 

Québec. J’aurais aimé passer mon année d’étude dans l’enceinte de cette ville. J’ai toujours eu le sentiment d’y passer trop rapidement. Je regrette de n’avoir jamais pu prendre le bac pour la rive opposée afin d’admirer le lever du soleil sur la ville…

Un jour peut-être, si je reviens dans ce coin-là…

July 09

Québec, je me souviens (VII)

 
Rencontres

Les ours, nous en avons beaucoup entendu parler. Au parc Algonquin, au Mont Tremblant, en Gaspésie… Nous avons pris connaissance et appliquer les règles de base en matière de campement sauvage, de protection de nos denrées et de nos vies. Nous en avons vus de nombreuses traces, troncs écorchés où des touffes de poils s’accrochent encore, branches cassées, traces profondes laissées dans la boue… Nous en avons même entendu un jour un, ou plutôt une, grogner. Pascal aura été le seul à l’avoir vue dans le sombre sous-bois, à quelques mètres de ses petits ; jalousie.
A défaut de les avoir rencontrés, un autre jour que nous étions partis expressément à leur recherche, nous avons fini l’après-midi dans une clairière, à dilapider leurs réserves de baies… Orgie de framboises, quel régal ! Belle vengeance.

Quatre ou cinq caribous croisés sur les sommets pelés du Mont Jacques Cartier en Gaspésie. Assaillis par les maringouins et autres brûlots, nous avons trouvé ces rennes plutôt faméliques, au pelage sale et abîmé, aux bois cassés ou manquants, aux déplacements apparemment erratiques. Triste spectacle. Et pourtant quelque chose en nous rayonnait de plaisir de les avoir rencontrés ce jour-là.

Un troupeau d’orignaux croisé à la tombée du jour, au retour du ravitaillement, dans le parc Algonquin. Arrêt obligatoire pour contempler la vingtaine de ces grands élans qui pataugent dans les zones humides de chaque côté de la route, en lisière de forêt. C’est aussi l’heure du ravitaillement pour eux. Déambulations tranquilles, à peine dérangées par notre passage et notre observation distante.


Orignal solitaire surpris par nos canots au détour d’un coude de la rivière Diable. Les pagaies s’arrêtent en suspend, les canots glissent et ralentissent en silence, personne n’ose plus même respirer. A quelques mètres les uns des autres, échange de regards surpris entre la bête et les hommes. Puis lentement il détourne la tête, nous tourne le dos et s’en va d’un pas lent se cacher dans la forêt. L’apnée s’arrête, les pagaies se remettent lentement en mouvement, personne ne dira un mot avant plusieurs très longues minutes.


Des castors qui se laissent langoureusement contempler chaque soir le long d’une petite route gaspésienne, à la brunante. Telles des stars, ils passent et repassent devant nous dans les bras de la rivière, sur le ventre en tirant une branche, sur le dos en nous regardant. Même les flashs ne semblent plus les surprendre ni les effrayer. D’autres se font plus timides et nous observent de loin, petits museaux à la surface de l’eau ou derrière un rondin.

Dommage que leurs barrages abîment autant le paysage en noyant des pans entiers de forêt qui n’ont plus que des silhouettes squelettiques à offrir au-dessus des eaux stagnantes... Et pourtant, c'est normal, naturel, ancestral.

Au retour d’une belle journée au parc Forillon, du côté du Cap Gaspé, deux rencontres surprenantes : une faisanne qui traverse tranquillement le sentier sans se préoccuper de nos pas, et une marmotte en pleine course folle pour se terrer derrière un monticule d’où elle ne bougera pas à notre approche, nous observant craintivement. Mais que fait une marmotte entre falaises océaniques et forêt, à moins de 200 mètres d’altitude ? En tout cas, montagnards que nous sommes, pour sûr que c’était bien une marmotte !

Monsieur Moustaches, rencontré régulièrement au gré de nos expéditions maritimes ou côtières. A se faire dorer au soleil sur quelque rocher au bas de la falaise, à barboter seul ou en bande à côté des rochers ou à proximité de notre embarcation, à offrir en penchant la tête son visage curieux ou son regard coquin à nos objectifs…

Penouille, au coucher de soleil. S’asseoir et prendre le temps d’observer le repas de quelques oiseaux maritimes, et notamment du grand héron aux fines échasses et long bec fouilleur des eaux tranquilles du marais.

 
Après une belle marche sur le sentier des Mousses, dans les ombres, la fraîcheur et la quiétude des sous-bois et de la forêt de conifères, déboucher en plein soleil sur le haut de la falaise de l’île Bonaventure et se retrouver confronter à… ça !
Puanteur de guano qui vous prend à la gorge.
Cacophonie suprême et assourdissante de becs lancés vers le ciel, qui se mêlent et s’entremêlent.
Parterre mouvant de plumes blanches, de têtes jaunes, de becs gris, de queues et pattes noires.

Ça se dispute, ça discute bruyamment, ça roucoule, ça réclame… Ça s’envole en hésitant et frappant des ailes les voisins, ça atterrit lourdement dans un petit espace entre deux autres, ça s’embecquete à tout-va, ça danse du cou et du bec en couple, ça cajole un petit tout en duvet blotti entre les pattes parentales… Plus haut, plus loin, ça vole en tout sens, ça fonce en piqué dans les eaux bleu foncé de l’océan, ça en ressort avec un poisson qui frétille encore et brille au soleil…

Vision extraordinaire d’une ahurissante colonie de fous de Bassan, que malgré l’odeur et le bruit, on pourrait passer des heures à observer, à photographier. Tant de tendresse dans ces danses de couples et cajoleries parentales, tant d’agressivité dans ces relations de voisinage, tant de précisions dans ces décollages et atterrissages acrobatiques, tant de beauté dans ces vols et ces plongeons…

Quand enfin on s’éloigne un peu de cette colonie, c’est pour apercevoir plus bas ou plus loin sur la falaise, des milliers d’autres oiseaux maritimes : canards, mouettes, sternes, grèbes, goélands, guillemots, macreuses, macareux, cormorans… En vol, dans un bel exercice de plongeons ravitailleurs, tranquillement posés à la surface et bercés par la houle, perchés sur un rocher les ailes déployées à sécher, posés dans leurs nids accrochés aux rochers…

Le retour par le Chemin du Roy nous offrira encore quelques belles rencontres, notamment avec la faune et la flore forestière et dans les prairies côtières...Atmosphères plus calmes, reposantes après tant d'agitation aviaire.
 
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Les Escoumins. Du lieu, je n’ai aucun souvenir, tout juste une brève image de l’embarcadère du petit port et du bungalow joliment peint aux lettres de la compagnie TGB.
C’est l’excursion sur le St Laurent qui reste profondément ancrée en mémoire : un zodiac d’une quinzaine de places, une douzaine de touristes équipés de combinaisons rouges, l’air vif matinal du fleuve, l’excitation et l’impatience communes au départ, le même regard émerveillé dès les premières rencontres avec les cétacés. Si Madame la Baleine Bleue n’a point daigné venir nous saluer, les rorquals communs et bélugas ont été de la fête, repérés au loin par leur souffle bruyant, coursés par les différentes embarcations, approchés à quelques dizaines de mètres. Ce n’est pas la plus belle croisière aux baleines que j’ai vécue, mais ce fut la première et cela ne s’oublie pas.
Que le temps passe vite sur l’eau, dans cette atmosphère tour à tour tendue à la recherche du souffle indicateur, et émerveillée à la proximité des cétacés ! Après des journées de route, le vent maritime qui fouette le visage, l’effet toujours apaisant de l’immensité aquatique et la rencontre extraordinaire avec la nature sauvage nous procurèrent un ressourcement et un regain d’énergie salutaires pour continuer notre périple.

Grande-Grave au Parc Forillon. Autre quai d’embarquement, autres zodiacs, autres touristes, cette fois couverts de cirés oranges. Même ambiance d’avant excursion, même attente impatiente. Vont-elles être au rendez-vous cette fois-ci ?
Oui, elles ont toujours été au rendez-vous avec moi. Ici, dans la baie gaspésienne, au large de Cap Gaspé, elles -ou plutôt ils, les rorquals communs,- m’ont toujours été fidèles et m’ont offert de véritables moments du pur bonheur.
Parce que dans cette baie il fait moins froid que sur le St Laurent. Parce qu’il y a bien moins de monde, de bateaux, « en chasse ». Parce qu’ils s’approchaient beaucoup plus prêts du zodiac… jusqu’à quelques mètres, à portée de mains semblent-ils, navigant de concert avec nous durant quelques minutes, l’un à bâbord, l’autre devant tribord…
Quand il ne nous vient même plus à l’esprit d’utiliser les appareils photos, juste de profiter pleinement de l’instant, les yeux grands écarquillés, le cœur battant.
Mon appareil photo, j’ai pris l’habitude de le sortir après, durant le retour vers la terre ferme. Merveilleux portraits que ceux de mes compagnons de route, le visage rougi par l’air vif, le regard encore brillant d’émerveillement perdu dans le lointain, le sourire ineffaçable, cirés oranges sur fond de bleus océan.

 
Nom de fichier : j0424690.wmf
Mots clés : animaux, animaux aquatiques, animaux marins ...
Taille de fichier : 4 Ko 

July 05

Québec, je me souviens (VI)

En canots

A une centaine de kilomètres au nord-ouest de Montréal, nous sommes partis à la rencontre de l’identité profonde du Québec, au Parc du Mont Tremblant. Nous avons troqué là véhicule, bagages et papiers contre trois canots qui devaient nous permettre de vaincre en trois jours la rivière de La Diable, loin de toute civilisation, en pleine nature sauvage.

Il est très difficile de décrire l’expérience.

Raconter les événements de notre expédition ne pourrait faire sourire que ceux qui y ont participé : descente de rapides, traversée de lac (par vent force au moins 7 !), averse surprise à la montée des tentes, raviolis et guimauves au feu de bois, joutes nautiques, histoires de chaussettes, de kleenex, de bûcheron… simples moments entre amis.

Décrire les paysages rencontrés me semble impossible. Je n’ai pas les mots, je n’ai pas l’art d’écriture d’un Bernard CLAVEL. Au mieux pourrais-je vous joindre quelques photos. Et encore, ces images sont-elles fixes, insonores, inodores et ne rendent pas entièrement les luminosités particulières.


Je me dois d’essayer tout de même…


La Diable est une rivière à l’humeur changeante, se la coulant douce entre ses rives proches, un moment transformée en zone marécageuse. Humeur régulièrement nerveuse offrant des rapides à la longueur, la profondeur et la violence variables. Pleine de surprise, s’ouvrant soudain sur un lac de plusieurs hectares battus par les vents, ou sur des chutes vertigineuses.

Son eau est aux mains d’un peintre jouant de sa palette : tantôt noire, plus souvent dans les verts, vert lagune et vert profond, parfois clairement bleue, un moment violette sous l’effet de la luminosité d’un soleil couchant… Eau plutôt fraîche, pour ne pas dire froide, ailleurs beaucoup plus tempérée et agréable à la baignade.


Les rives sont composées d’une forêt dense d’épinettes ou d’essences multiples, forêt typique d’Amérique du Nord. Ici, une zone couverte de joncs où les maringouins pullulent. Un peu plus loin, une petite plage de sable ou de galets. Vert dominant. Camaïeu de verts, du plus sombre au plus tendre.

Au-delà, peu de lignes pour arrêter le regard : le Québec n’est que très peu montagneux sur son flanc ouest. Au mieux apercevons-nous quelques collines verdoyantes. L’horizon, rarement bleu durant notre séjour, mais chargé de nuées orageuses, se colore régulièrement de gris et violets et vire à l’orange en soirée. La voûte céleste si pure nous a servi de baldaquin durant ces nuits fraîches et courtes.


Une dimension sonore. Le bruit de nos canots glissant tranquillement à fleur d’eau au rythme irrégulier de nos pagaies. Le chant naturel de la Diable variant au gré de ses humeurs, tendre murmure des eaux langoureuses, clapotis contre les berges, chant guilleret des rapides ou rythme imprimé des flux et reflux maritimes sur le lac. Le bruissement permanent de la forêt alentour, transformé en grincements et gémissements sous l’orage qui nous envoie une pluie crépitante sur nos capes de pluie et toiles de tentes. Le vent assourdissant durant la traversée du lac. Les marques de présence des autres êtres vivants de ces bois : vrombissements des quelques maringouins croisés, envols et conversations d’oiseaux de toute espèce, renâclement d’un orignal et course d’un wapiti dérangés par notre arrivée, hurlements nocturnes des loups, frôlement et reniflement des tentes par des visiteurs non identifiés aux pattes de velours… Les appels d’un canot à l’autre, les rires, le crépitement du feu de bois, le souffle du voisin de tente, l’insistance régulière de la goutte qui perle à la couture du dôme et s’écrase dans la timbale destinée à la recevoir.


Fermez les yeux, respirez profondément. Fragrances de bois mouillés, de résine, de mousse, de terre. Effluves d’eaux stagnantes. Air vif et pur apporté par le vent. Senteur typique annonciatrice de la pluie qui arrive. Relents de passages animaliers. Odeurs de feu de bois qui imprègne tous les textiles, fumée généralement âcre et irritante, parfois aux essences très parfumées, après le repas un temps sucré par les guimauves qui fondent. Délicieux fumet qui se dégage de la marmite posée sur le feu… petit goût de brûlé quand la cuisinière a oublié sa surveillance rapprochée. Emanations d’humidité stagnante dans nos sacs, dans les tentes trop rapidement pliées le matin, et doux parfums de chaussettes qui accompagnent nos nuits…


Non, il faut le vivre pour le percevoir dans sa réalité et toute sa magie. Mes mots sont loin d’être à la hauteur de cette beauté offerte à tous les sens. Je pense que c’est dans ces lieux que l’on comprend la nature profonde du Canada et que l’on commence à appréhender ce qui a façonné son peuple à la culture si particulière. Un peuple empreint de respect devant cette nature immense et sauvage à peine conquise par ses pionniers aventuriers. Cette nature qui dicte sa loi au rythme des saisons, qui ne pardonne pas l’erreur, qui est si belle et forte et pourtant si fragile devant l’instinct d’appropriation et de destruction de l’Homme. Cette nature qu’il faut absolument respecter et protéger.

En guise de conclusion, je reprendrai une phrase qui n’est pas mienne :

« Quiconque prétend connaître le Canada

sans avoir un jour navigué en canot sur ses lacs,

ne dit pas la vérité. »

Simple vérité.

EnCanots002b

 

Wapiti74

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Voyageuse... partout où il y a des sentiers sympas, des paysages grandioses et des ambiances magiques...
Ces petites phrases qui me parlent
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voir l'image en taille réelleIl parait qu'il porte-bonheur!!!!bises

May 2
merci pour tes conseils sur la façon de me rechauffer,le Québec:oui pourquoi-pas,mais cet été alors!!!!!!!Bisous
Feb. 1
mon grimoirewrote:
Hello ma haut-savoyarde,toujours la tête dans la neige ? pourtant dans ton coin ce n'est pas le Pôle Nord.Allez,reviens un peu vers nous.Bisous
Jan. 17
Avec un peu d'avance pour cause de départ
dans mes montagnes,je viens te souhaiter un:
voir l'image en taille réelle
Que tout ne soit que joie et bonheur
pour toi et les tiens.
Toutes mes amitiées
 
Dec. 18
Merci de ton gentil com,je sais bien que ton métier n'est pas de tout repos(surtout en ce moment) et que tu dois avoir autre chose à faire que de venir sur les blogs,je te dirais sincerement qu'en tant qu'élue de ma ville (aux affaires sociales et scolaires),je suis un peu dans la même situation.Gros bisous.
Nov. 19